Guy-Julien Muluku : “Les démons dans Luc-Actes. Récit et théologie”.

Résumé de la thèse de doctorat défendue le 18 décembre 2017 à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve par le père Guy-Julien Muluku.

Luc-Actes recèle plusieurs répétitions de cris, de proclamations, de supplications et des sorties des démons. Ceux-ci proclament plusieurs fois la divinité de Jésus, sa messianité et sa sainteté. Ils le supplient et lui résistent. À son arrivée, ils crient et à son ordre, ils obéissent et sortent de leurs victimes. Dans cette œuvre lucanienne, nous décelons aussi des répétitions de menaces, d’injonctions, d’exorcismes et d’actes de libération de Jésus. Il menace les démons, leur impose le silence et leur ordonne de sortir. Il expulse un démon, puis plusieurs démons et enfin une légion démoniaque. Par sa présence et sa parole, il libère les possédés et guérit les malades. Devant ces actions grandioses, les humains se demandent : qui est cet homme ? Quelle est cette parole dite avec autorité et puissance ? Cette œuvre de Luc orchestre aussi des répétitions d’émerveillements, d’oppositions, d’accueils et de refus des humains face à Jésus. Certains le prient et le sollicitent. D’autres, en revanche, le refoulent, le rejettent et lui exigent des signes venant du ciel. D’autres encore poursuivent son œuvre de libération.

Cette dissertation analyse la fonction et le rôle de ces répétitions dans chaque récit (Lc 4,1-13 ; 4,31-41 ; 8,26-39 ; 9,37-43a ; 10,17-24 ; 11,14-26 ; Ac 16,16-24 et Ac 19,11-20.) et dans le macro-récit. Au terme de cette analyse, nous découvrons qu’à travers ces multiples répétitions, le narrateur dévoile sa stratégie rhétorique et sa théologie. Du côté des démons, ces différentes reprises ont pour fonction d’opérer une focalisation révélatrice sur la divinité de Jésus. D’une part, elles spécifient son identité comme fils de Dieu et sa mission. D’autre part, elles créent une dynamique de gradation, d’amplification et de progression de la puissance de Jésus. En revanche, elles provoquent une logique décroissante de la puissance et de la force des démons et de Satan. Leurs grands nombres (plusieurs, beaucoup, légion…) créent des effets à la fois cumulatifs, ironiques et comiques. Ces répétitions mettent en exergue le sort final (la chute) des démons qui est la conséquence directe de l’irruption du plus fort. Du côté de Jésus, les diverses répétitions des menaces, des prescriptions et des injonctions et d’expulsions ont pour fonction de polariser toutes les attentions du lecteur sur ce personnage exceptionnel. Ces reprises provoquent des rapports d’opposition, d’asymétrie entre les forces démoniaques et Jésus. Au même moment, ces réitérations produisent des effets cumulatifs, d’intensification et d’amplification. Par ses actes de puissances, ses paroles d’autorité et par son arrivée-présence, Jésus spécifie sa mission et révèle son identité. Comme fils de Dieu, il inaugure le Royaume de Dieu à travers ses exorcismes et dévoile ce qu’il est. Du côté des humains, les nombreuses répétitions de questionnements, de sollicitations, d’émerveillements et de guérisons certifient que Jésus est fils de Dieu. D’un côté, les possédés, les malades et leurs parents se réjouissent de sa venue, de sa présence et de son action. C’est pourquoi, ils le prient et le sollicitent. De l’autre côté, en revanche, d’autres humains lui manifestent un réel antagonisme. Le narrateur a orchestré toutes ces répétitions pour amener son lecteur à découvrir le fil rouge qui assure la cohérence de ce macro-récit. Ce lecteur s’aperçoit que ces huit récits mettent en évidence les différentes facettes, désignations et caractéristiques de ce fils de Dieu. Le narrateur a utilisé cette stratégie rhétorique des répétitions pour faire voir au lecteur comment Jésus inaugure le Royaume de Dieu parmi les humains par sa parole, sa présence et ses actes de libération.