Un hommage particulier et digne rendu à notre frère le père Hubert Lagacé, o.m.i.

  1. Introduction

Plusieurs d’entre vous ayant appris la triste nouvelle du décès de feu le Père Hubert Lagacé, omi, survenu le 10 octobre 2019 à l’âge de 87 ans, à Richelieu, au Québec, Canada, plus précisément de la part de ses anciens séminaristes, devenus actuellement prêtres et évêques (Kikwit) ainsi que des amis communs, se sont empressés vers moi pour me poser différentes questions de nature à savoir : Comment se sont déroulées les cérémonies de ses obsèques ?  Qui y avait été présent ? Quel message essentiel pendant l’homélie avait été livré à cette occasion ?  Comment sa famille avait-elle vécu son deuil ? Et pour terminer : Comment avais-je personnellement traversé ce moment difficile de séparation avec celui que je considérais comme un confident, un mentor dans mon engagement personnel pour la mission ?  

Or, ses obsèques ont eu lieu le 19 octobre de la même année dans la même ville. D’où ma susceptibilité et ma promptitude à vouloir communiquer avec chacun d’entre vous à travers ce petit témoignage pour essayer de répondre à vos nombreuses interrogations, sans pour autant prétendre à l’exhaustivité.

En effet, étant moi-même son ancien étudiant formé au scolasticat Eugène de Mazenod à Kinshasa (RDC), actuellement devenu Université du même nom, puis ensuite, son compagnon de mission en Asie-Pacifique, plus précisément à Tahiti (Polynésie Française) où nous nous sommes alternés à la direction du Grand Séminaire Notre-Dame de la Pentecôte comme recteur, il me semble bien que le choix du destinataire de vos questions posées soit pertinent, prévisible et compréhensible, d’autant plus que je me trouve en ce moment au Canada.

Bien plus, sachant aussi qu’avec lui, nous avions développé des relations personnelles, lesquelles d’ailleurs, ont traversé non seulement les Océans et continents mais également atteint nos familles et nos amis personnels, devenus par la suite, des amis communs, il convenait dès lors que je lui rende un hommage particulier et digne à la mesure de ce qu’il a été pour moi. Car, les morts bien qu’étant morts, il s’ensuit que les bonnes œuvres qu’ils ont faites pendant leur vie dans ce monde, demeurent à jamais vivantes dans les cœurs et les esprits de génération en génération. Tel n’est-il pas le cas pour feu le Père Hubert Lagacé, omi, à la fois missionnaire, professeur, éducateur, formateur des formateurs pour chacun d’entre nous ? C’est à chacun de le découvrir désormais dans le secret de son cœur. Notre témoignage posthume n’est qu’un brin de lumière que nous portons de sa vie au fond de nous.  Ceci étant, voyons pas à pas comment les funérailles se sont passées et quel message nous avons retenu par-delà tout.

  • Participation des personnes à la messe

D’entrée de jeu, que faut-il retenir à propos de la participation des personnes aux funérailles de notre illustre disparu ? Il me convient de vous signaler que l’assemblée était réellement plurielle. Car, parmi les personnes présentes venues à l’occasion pour compatir à la douleur de sa famille biologique et de celle religieuse, figuraient celles d’origine asiatique, européenne et africaine. On y dénombrait des jeunes et des aînés, des religieux et des laïcs.

Parmi les membres de sa famille biologique, on notait la présence de son frère consanguin, Pierre et de ses deux sœurs, Pierrette et Claudette. Tous étaient accompagnés de leurs beaux-frères, enfants et petits-enfants. Dans sa famille religieuse, à savoir les Oblats de Marie Immaculée de la province Notre-Dame-du-Cape, il y avait le provincial à sa tête et ses confrères venus de différentes communautés.

Pour le compte de ses amis et proches, on notait, par exemple, la présence de ses anciens élèves et de ses anciens étudiants formés dans son Québec natal, et ses différents pays de mission. A ce propos, nous avons : Tahiti, Cameroun (Religieuses) et la République Démocratique du Congo. Pour dire bref, l’assemblée était composée de fidèles à l’image de ce qu’il a vécu dans sa traversée missionnaire dans le monde.

  • Cérémonie de la messe des funérailles et homélie

Que faut-il, ensuite, retenir de façon sommaire du déroulement des cérémonies de ses funérailles ?  De prime abord, disons qu’il y a eu deux jours avec deux moments intenses de prière : L’exposition du corps la veille des funérailles au soir et la célébration eucharistique des obsèques, présidée par le Père Luc Tardif, omi, provincial de Notre-Dame-du-Cap, entouré par ses nombreux confrères Oblats, résidents et non-résidents à Richelieu, dont moi-même.

A propos de la célébration de la messe, nous avions eu d’abord droit au témoignage funèbre de deux de ses neveux qui ont fait un témoignage combien élogieux décrivant la personnalité de leur oncle avec une précision impressionnante.  Partant de là, on voit clairement combien notre illustre disparu n’était pas seulement un missionnaire ad extra, mais aussi et surtout un prêtre missionnaire ad intra. C’est-à-dire, porté par le dynamisme de l’Evangile à l’intérieur même de sa propre famille. A cet effet, Il y avait célébré des mariages, des baptêmes, des funérailles, etc.

Concernant la liturgie de la parole, elle fut préparée par ses confrères Oblats alors que les lectures étaient faites par ses neveux et ses nièces. Quant aux chants de la liturgie, ils ont été exécutés aussi bien par les membres de sa famille que par les membres de la communauté oblate de Richelieu.

Que retenir dès lors de l’homélie prêchée par le père provincial, Luc Tardif, omi ?  En s’appuyant, d’une part, sur les textes des lectures de la Parole de Dieu choisie à cette occasion, et d’autre part, sur les enseignements du Saint-Père, le pape François conviant l’Eglise entière à vivre un mois spécial dédié à la mission, le père Luc Tardif a centré sa prédication sur la mission. Il a exhorté l’auguste assemblée à devenir missionnaire, à l’exemple de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, devenue patronne de la mission alors qu’elle avait passé toute sa vie dans un cloître du monastère. En effet, cette dernière, disait-il, a consacré toute sa vie dans la prière en faveur de la mission.

Notre prédicateur a, par la suite, invité l’assemblée à décrypter le sens du temps dévolu au départ de notre illustre disparu qui s’opérait pendant le mois d’octobre. Or, ce mois était celui qui était consacré à Marie. Voilà un signe éloquent d’un clin d’œil de Notre Dieu à un fils de Marie Immaculée, qui a daigné porter son humble serviteur à la gloire éternelle. D’où l’invitation qu’il va lancer à tous, en tant que baptisés, à devenir non seulement missionnaire mais aussi « mission ».  Car, ajouta-t-il à l’adresse de tous ceux qui étaient à la messe, que notre présence en ce jour-là, qui était celui des funérailles de notre illustre disparu, n’était autre chose que l’expression de la mission du père. Voilà, en quelques mots, sur quoi tablait l’homélie du Père Luc Tardif, omi. Ce dernier n’a fait que rendre ce qu’a été le vécu du père Hubert, omi, dans ce monde.  

  • Leçon retenue de la prédication sur la mission et sur la participation de la famille 

En plus, quoi de plus inspirant comme prédication que de prendre le thème de la mission, avec comme modèle de témoin pour la mission, Sainte Thérèse de l’enfant Jésus ? Or, nous étions dans une résidence de confrères Oblats, immobilisés dans cette résidence par toute sorte d’infirmités, et également par la mission d’aider les confrères en situation de demande. Ainsi, la prédication du père était une homélie adaptée à la réalité du terrain, où Sainte Thérèse de l’enfant Jésus était réellement un modèle de missionnaire pour chacun d’entre nous, pour nous inviter à affronter les nombreux défis de la mission qui se présente à l’Eglise aujourd’hui avec foi, espérance et charité.

Somme toute, disons que les obsèques du père Hubert Lagacé, non seulement ont mis en lumière son œuvre missionnaire, mais ont, par-delà tout, cassé les murs de l’incompréhension qui plombaient les relations entre les peuples et les nations. Son amour et son humanisme sans borne envers les personnes marginalisées et en détresse avaient été rendus.

Le témoignage de vie du Père Hubert Lagacé,omi, de la part des siens, ne peuvent qu’instruire tous ceux et celles qui s’adonnent sur la voix de la mission à comprendre bien vivre ses relations avec les siens. Car le témoignage de la relation qu’entretenait le père avec sa famille biologique en dit long.

Pour terminer, que dire dès lors à propos de ce que nous avons vécu pendant ces célébrations et surtout par rapport au sens donné à ce décès d’un être cher, par ailleurs considéré par nous comme mentor dans notre vie missionnaire ?

  • Notre participation et notre mot de remerciement

Il est bon de noter que face à ce départ vers la maison du Père Céleste, Hubert étant un confrère très signifiant ayant laissé des empreintes de son passage dans ce monde dans ma vie, nul obstacle ne saurait m’empêcher dans ce monde pour être présent à ses funérailles. Car, y manquer serait ressenti pour moi, non seulement comme une trahison, mais aussi comme une injustice à son égard. Car, à bien des égards, tenant compte de ce qu’il a été pour l’Afrique, pour l’Europe, pour l’Asie-Pacifique et pour le Canada, son pays natal, c’est-à-dire un père, un frère, un aîné, un formateur des formateurs, on ne pouvait jamais penser le laisser aller vers sa dernière demeure sans, par ailleurs, qu’un seul de tous ceux et celles pour qui il a consacré sa vie dans ce monde, ne lui rende la monnaie d’être présent à ses funérailles, pour lui dire un dernier MERCI. Pour ce, nous sommes heureux d’y avoir été, surtout d’y avoir accompli cette noble tâche.

En effet, nous nous sommes rendu à ces funérailles, non seulement à titre personnel, mais aussi et surtout sous la casquette d’un représentant de diverses entités missionnaires où ses œuvres demeurent encore éloquentes. A cet effet, la République Démocratique du Congo figure à l’aune de son ministère sacerdotale. En effet, nous avons, à titre d’exemple, à l’entrée de la maison du scolasticat, l’inscription portant la devise des Oblats, faite en mosaïque qui est son œuvre et l’expression de sa volonté.

Comme représentant, nous y avons aussi été au nom de tous ses confrères Oblats malades avec qui il a évolué en mission mais qui n’ont pas pu s’y rendre en raison de leurs occupations ou de leurs santé précaire.  A ce propos, je pense plus particulièrement au Père Benoît Kabongo, omi, qui, depuis la France où il est missionnaire, m’avait chargé de lui susurrer à l’oreille ses intimes paroles d’amour et d’affection portées à son égard.

Enfin, nous y avons été, pour l’archidiocèse de Papeete, sa mission intime de cœur, où nous avons eu à nous partager la charge missionnaire et le fardeau de former l’élite cléricale de ce diocèse.  

Quelle joie et quel bonheur apporté aux familles éplorées par ce départ, d’un fils prêtre tant aimé par la présence de personnes qui évoquent ses différentes missions !

Pour conclure, par rapport à tout ce qui a été dit ci-haut, il me semble tout à fait indiqué que nous clôturions ce petit témoignage par le mot « merci ».

D’abord, il convient de dire MERCI à Dieu le Père, qui a daigné décider par sa bonté infinie de faire venir le père Hubert Lagacé, omi, à la vie et qui, par la suite, par son bon vouloir, l’a rappelé en temps voulu, dans sa maison éternelle. Pour l’appel qu’il lui avait lancé à le servir dans la religion, le sacerdoce, et la mission, nous ne pouvons que lui exprimer notre gratitude.  Car, à travers son passage sur cette terre, il a permis à d’autres personnes de connaître Dieu et son amour éternel. De quoi lui rendre grâce.  

Ensuite, nous voulons dire Merci à sa famille biologique. Car, au-delà de la peine qu’ils vivent en ce moment, il faut reconnaître qu’elle a, à sa manière, su accueillir dans ce monde ce don de Dieu, le protéger, l’élever dans la foi religieuse, héritée de leurs ancêtres, laquelle foi lui a permis de la transmettre dans le monde entier. Et cela, d’une génération à une autre. Merci pour votre générosité d’avoir offert votre fils à l’Eglise et à la mission.

Notre troisième merci s’en va tout droit à la province Notre-Dame-du-Cap. Car, c’est à l’intérieur de cette famille oblate que l’illustre missionnaire a su développer ses talents. En effet, sa famille religieuse l’a accueilli, soigné, éduqué sur le plan intellectuel, spirituel, communautaire, pastoral et missionnaire. Merci pour la générosité manifestée à l’égard des Eglises en besoin, où il a pu servir comme missionnaire et formateur. Sans quoi, nous ne serions pas aujourd’hui, à notre tour, missionnaire sur votre terre. Quelle loyauté de votre part à son égard, que d’accueillir chez vous, le fruit du travail opéré par le père Hubert dans ces différentes terres de mission !

Enfin, notre dernier Merci s’adresse au Provincial, le père Luc Tardif, omi. En effet, ce dernier m’a accordé une place de choix pendant la célébration de l’Eucharistie, c’est-à-dire d’être à ses côtés à l’autel. En plus, il m’a offert le privilège de déposer l’étole sur le cercueil du père, signe sans doute de l’attention particulière qu’il portait au travail du père Hubert en moi. Or, un tel symbole est le signe qui marque l’expression ensemble de la vie du père, à savoir « Prêtre du Seigneur selon le cœur de Jésus ». Ainsi voudrais-je dire merci au père Luc Tardif, pour ce geste qui me rappelle, par ailleurs, la parole chère à notre fondateur à ses confrères oblats avant sa mort laissée en testament : « La charité, la charité, la charité entre nous les oblats, et au dehors les zèle ». Elle m’interpelle et en dit long.

  • Conclusion

Somme toute, la mort et les cérémonies des obsèques du Père Hubert Lagacé fut un moment de grande grâce, qui a permis de lever les différentes murailles dressées par les humains entre différents peuples et nations sous l’emprise des préjugés à se reconnaître frères et sœurs dans le Seigneur.  Ce décès nous rappelle la fameuse parole du Seigneur qui évoque la parabole « du grain jeté en terre mais qui porte beaucoup de fruit ».

En effet, ces funérailles ont été pour tous ceux et celles qui y ont participé, en commençant par moi-même, un moment spirituel pathétique de rencontre dans le Seigneur. Ce fut un moment d’élévation dans l’amour qu’il a semé dans les cœurs des humains. Quoi de plus penser si ce n’est que la gratitude pour la plus grande gloire de Dieu dans ce monde.

Que Dieu continue à opérer ses œuvres en nous, et qu’il nous bénisse par l’intercession de son grand missionnaire Hubert Lagacé, afin que nous puissions continuer l’œuvre missionnaire.

Père, Polydor Twanga, omi

Ottawa

Courriel : polydoromi@hotmail.com